Le treizième César
16 janvier 2009

Je dois me hâter avant que le manteau blanc de la ville ne soit recouvert d’un voile de ténèbres. En cette saison, l’obscurité est précoce, l’après-midi est à peine entamé que déjà le soleil décline.

Mes forces déclinent également, et ma raison chancelle, je dois me hâter.

Je serre très fort mon iPhone, que j’ai braqué tantôt vers le plafond de l’épicerie, au risque de passer pour un dément, mais je dois savoir. Shazam a probablement capté cet air qui m’obsède, certainement pas parce que je l’apprécie, mais plutôt parce je l’entends partout ; du vidéoclub à la pharmacie, en passant par la bibliothèque et le dépanneur. Même cette fillette aux yeux porcins semblait l’écouter sur son baladeur bas de gamme, dans un tressautement qui semblait plus à des convulsions qu’à une chorégraphie quelconque.

Le coup de grâce est venu de la vieille bique qui habite en dessous de chez moi. Depuis l’aurore elle fait tourner ce machin en boucle. Oh, ce n’est pas que ça soit fort, juste suffisant pour que ça traverse les lattes de mon plancher et gagne mes oreilles.

Hasards, coïncidences me direz-vous ? Non ! Il n’y a pas de coïncidences à Grand-Mère, il y a des conjonctions, des fatalités, des infortunes, des coups du sort, des machinations, des sortilèges, mais certainement pas des hasards. Grand-Mère l’occulte à un plan maléfique, rien n’est fortuit, et c’est encore plus vrai quand souffle l’Artigus, ce vent du nord dont on parle à mi-voix, en chuchotant, ce vent semblable à l’haleine d’un Astaroth, qui corrompt tout reste d’innocence, comme le premier vent d’hiver balaie les dernières feuilles d’automne.

Je dois savoir.

Je suis enfin chez moi, je tire l’appareil de ma poche, je relance Shazam qui m’indique « The 13th Caesar« , Cradle Of Filth.

caesar

[…]
Un Démon s’assoit sur le sommet du monde
Comme un Hérode sur la Genèse
Ils chantèrent des hosannas tandis que ses bannières se déployaient
Embrassant la terreur avec paralysie

Ses habits audacieux insultaient la vue
Remuant ciel et terre pour plaire aux
Tumultitudes, que son étrange second dessinait
Pour assermenter le treizième César
[…]

Je parcours les paroles traduites, mais je ne comprends pas ce que l’on veut me dire, si tenté que l’on veuille me parler. Malgré la peur qui me ronge chaque jour un peu plus, malgré mes angoisses et mes doutes, je vais rester dans cette ville, persévérer sur ce chemin semé d’embûches, qui me conduira certainement à l’asile. Mais je dois survivre, je dois savoir !