Archive for janvier 2009

Plus ancien que le Sphinx
17 janvier 2009

J’ai encore fait ce cauchemar étrange : celui du type qui viole une tombe antique, quelque par en Égypte. Il progresse péniblement dans un couloir plongé dans les ténèbres jusqu’à ce qu’il débouche dans une vaste salle, il avance encore jusqu’à se retrouver face au regard d’un dieu millénaire taillé dans le roc. Figé, la torche à la main, il observe la divinité de granit et les ombres qui l’entourent, jusqu’à ce que la statue monumentale entrouvre les lèvres et laisse échapper un cri guttural. En général c’est à ce moment-là que je m’éveille, désorienté, le coeur battant la chamade et en sueur.

Pourquoi évoquer ce rêve pénible ? Simplement parce que dans mon esprit, le Rocher de Grand-Mère et cette entité onirique ne font qu’un !

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Ce n’est pourtant qu’un amas inerte de pierres pour le commun des mortels, mais pour qui a une certaine sensibilité, il est aisé de ressentir comme une force innommable qui émane de cet amoncellement. En mettant de côté les histoires et légendes que l’on trouve dans les ouvrages locaux qu’est vraiment ce Rocher de Grand-Mère ?

Nous parlons là du plus vieux monument de l’humanité, plus ancien que les pyramides, que le Sphinx ou que toutes les mégalithes du vieux continent. Depuis la nuit des temps, il est le gardien, le protecteur, érigé là par une ancienne peuplade aux rites oubliés.

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Puis à une époque récente, on a voulu construire un barrage. Habituellement, les hommes sans scrupules ne tiennent pas compte des légendes ou croyances anciennes, l’eau aurait dû recouvrir le rocher, tout en serait resté là.

Mais quelqu’un donna l’ordre de le déplacer, de le transporter jusqu’à une éminence, à l’emplacement même d’une vieille maison qui fut détruite pour l’occasion. Quelques curieux notèrent anecdotiquement que le regard de la statue était à présent tourné dans une autre direction.

Qu’observe la statue à présent ? Prenez une carte de la région, tracez une droite, que constatez-vous ?

Posez-vous alors d’autres questions pertinentes, pourquoi dépenser autant d’argent et d’effort pour déplacer ce monument, à une époque ou le tourisme était loin d’être une priorité. Pourquoi avoir détruit spécifiquement cette maison et y avoir placé le bloc de pierre à la place ? Qu’est devenue la famille qui vivait là ?

Il n’y a rien d’anodin dans le déplacement de ce rocher, rien d’insignifiant dans la destruction de cette maison, l’une des premières de cette ville que l’on appellera Grand-Mère. Quelque chose d’important et de sombre s’est passé là, j’ai la conviction qu’un cri guttural va bientôt être poussé.

Le treizième César
16 janvier 2009

Je dois me hâter avant que le manteau blanc de la ville ne soit recouvert d’un voile de ténèbres. En cette saison, l’obscurité est précoce, l’après-midi est à peine entamé que déjà le soleil décline.

Mes forces déclinent également, et ma raison chancelle, je dois me hâter.

Je serre très fort mon iPhone, que j’ai braqué tantôt vers le plafond de l’épicerie, au risque de passer pour un dément, mais je dois savoir. Shazam a probablement capté cet air qui m’obsède, certainement pas parce que je l’apprécie, mais plutôt parce je l’entends partout ; du vidéoclub à la pharmacie, en passant par la bibliothèque et le dépanneur. Même cette fillette aux yeux porcins semblait l’écouter sur son baladeur bas de gamme, dans un tressautement qui semblait plus à des convulsions qu’à une chorégraphie quelconque.

Le coup de grâce est venu de la vieille bique qui habite en dessous de chez moi. Depuis l’aurore elle fait tourner ce machin en boucle. Oh, ce n’est pas que ça soit fort, juste suffisant pour que ça traverse les lattes de mon plancher et gagne mes oreilles.

Hasards, coïncidences me direz-vous ? Non ! Il n’y a pas de coïncidences à Grand-Mère, il y a des conjonctions, des fatalités, des infortunes, des coups du sort, des machinations, des sortilèges, mais certainement pas des hasards. Grand-Mère l’occulte à un plan maléfique, rien n’est fortuit, et c’est encore plus vrai quand souffle l’Artigus, ce vent du nord dont on parle à mi-voix, en chuchotant, ce vent semblable à l’haleine d’un Astaroth, qui corrompt tout reste d’innocence, comme le premier vent d’hiver balaie les dernières feuilles d’automne.

Je dois savoir.

Je suis enfin chez moi, je tire l’appareil de ma poche, je relance Shazam qui m’indique « The 13th Caesar« , Cradle Of Filth.

caesar

[…]
Un Démon s’assoit sur le sommet du monde
Comme un Hérode sur la Genèse
Ils chantèrent des hosannas tandis que ses bannières se déployaient
Embrassant la terreur avec paralysie

Ses habits audacieux insultaient la vue
Remuant ciel et terre pour plaire aux
Tumultitudes, que son étrange second dessinait
Pour assermenter le treizième César
[…]

Je parcours les paroles traduites, mais je ne comprends pas ce que l’on veut me dire, si tenté que l’on veuille me parler. Malgré la peur qui me ronge chaque jour un peu plus, malgré mes angoisses et mes doutes, je vais rester dans cette ville, persévérer sur ce chemin semé d’embûches, qui me conduira certainement à l’asile. Mais je dois survivre, je dois savoir !